Seconde partie

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Près des 2/3 des 1,9 millions d’agents des fonctions publiques territoriales seraient sans poste informatique fixe et donc demandeurs de solutions pensées enfin pour leurs activités terrain : agents des services techniques, soignants en EHPAD public, agents de crèches, chauffeurs de transport.

Et le secteur public : un angle mort ?

La DINUM déploie depuis 2020 la Suite Numérique des Agents Publics (SNAP), rebaptisée « LaSuite » en 2024 : Tchap pour la messagerie, Visio pour la visioconférence, Resana pour les espaces collaboratifs, auxquels se sont ajoutés un tableur collaboratif (Grist), un éditeur de documents (OnlyOffice) et, depuis fin 2025, un assistant IA intégré reposant sur les modèles Mistral AI. L’ambition affichée est de couvrir un potentiel de 5,5 millions d’utilisateurs — ministères, collectivités, hôpitaux — avec une plateforme souveraine hébergée en France et open source. C’est sans doute une initiative sérieuse sur le plan de la souveraineté numérique, mais il n’existe à ce jour aucune application mobile réellement pensée pour le travail terrain dans ce portefeuille.

La Cour des Comptes avait d’ailleurs critiqué en 2024 le faible taux d’adoption des outils proposés, jugeant que « la suite numérique de l’agent public demeure une offre peu lisible et instable, qui reste inconnue de la plupart des agents ». Ainsi, même Tchap qui fonctionne sur mobile, n’est pas conçu pour des usages intensifs en connectivité dégradée. C’est un angle mort documenté et reconnu dans le rapport d’activité DINUM 2023.

Du côté des initiatives territoriales, les collectivités évoluent souvent sans boussole en matière de numérique et d’IA, s’emparant d’outils sans souci de mutualisation, le plus souvent en se tournant vers des solutions grand public américaines. Pour répondre à ce vide, plusieurs dynamiques complémentaires émergent. Le consortium Hexagone, né d’un appel à projets France 2030 et porté par Interstis depuis 2014, propose depuis 2024 une suite collaborative française et souveraine qui a déjà convaincu de nombreuses collectivités territoriales, démontrant qu’une migration depuis Microsoft 365 ou Google Workspace vers un environnement numérique souverain est sans doute pleinement réalisable.. Côté IA, la Banque des Territoires et Mistral AI ont lancé en mai 2026 le programme « Territoires d’IA », visant à former 100 000 agents publics locaux d’ici 2030 et à déployer quinze cas d’usage opérationnels et duplicables entre collectivités, dont des assistants aux secrétaires de mairie, la détection d’anomalies routières ou le traitement des alertes sur la voie publique — autant d’usages directement ancrés dans le quotidien des agents de terrain.

Une voie intermédiaire : les solutions européennes, ni américaines ni pleinement souveraines

Face à la relative immaturité des solutions françaises « officielles » sur le volet frontline mobile, certaines collectivités pourraient se tourner vers des plateformes européennes spécialisées dans les travailleurs sans poste fixe comme Staffbase, éditeur allemand, sui cible explicitement les organisations à forte proportion d’agents de terrain (industrie, santé, logistique, énergie, services publics)  en proposant une application mobile pensée pour atteindre des collaborateurs sans accès régulier à un poste de travail. Ses serveurs européens sont hébergés à Francfort, ce qui garantit une résidence des données dans l’Union européenne et une conformité RGPD, sans pour autant atteindre le niveau d’exigence du référentiel SecNumCloud de l’ANSSI.  Ce type de solution européenne constitue une approche intermédiaire légitime, mais à condition d’en délimiter précisément le périmètre d’usage. Ainsi, pour les données non sensibles comme la communication interne, les actualités de service, la gestion des plannings ou les formulaires terrain, ces plateformes européennes peuvent représenter un compromis pragmatique. En revanche, pour les communications RH, les données de santé ou toute information relevant du secret professionnel, le cadre réglementaire français imposera de revenir à des solutions qualifiées ou hébergées souverainement, sans actionnariat ou activité aux Etats unis et donc non soumises au cloud act.  

Des solutions françaises de plus en plus attentives à toucher les agents de terrains.

Pour les collectivités, les solutions les mieux positionnées dans les différentes familles d’usages seront donc celles qui allient maturité frontline et hébergement souverain.

L’offre des éditeurs français d’environnement numérique est solide et désormais aguérie par plusieurs dizaines d’années d’expérience dans le secteur public. Les interfaces et l’UX n’ont rien à envier à l’ergonomie des meilleures plateformes d’expérience employé des GAFAM même si elles dominent encore largement le marché global.

En revanche l’offre devient plus réduite et moins mure lorsqu’il s’agit d’atteindre les agents de terrain, sans mail accessible,  ou difficilement accessible. On peut toutefois surveiller l’évolution de solutions , comme Jalios (le plus complet, avec son module terrain « Jalios Go »), Jamespot (rompu aux marchés publics et souverains) ou eXo platform avec sa déclinaison mobile pour les Digital workplace accessibles aux agent terrain ; Hexagone/Interstis  et sa suite bureautique complète  à travers ses applications mobiles (même s’il reste du chemin pour être pleinement adapté au terrain) et dans des domaines fonctionnels plus ciblés KizeoForms (natif en mode offline), Olvid (messagerie certifiée CSPN ANSSI, recommandée par circulaire du Premier Ministre), ou encore Digiposte (coffre-fort numérique du Groupe La Poste, hébergé en France, permettant aux agents sans poste fixe d’accéder à leurs documents RH depuis un simple smartphone).

Ce que l'expérience de terrain enseigne

Au fil de nos missions, cinq axes reviennent systématiquement dans les projets « terrain » qui aboutissent :

Partir des usages, pas des outils. Identifier les "moments qui comptent" pour chaque profil terrain avant tout choix technologique. La question n'est pas "quel outil choisir ?" mais "que se passe-t-il sur le terrain à 7h du matin, quand l’employé embauche avant même que les managers arrivent ?"

Gouverner les canaux existants. Avant de déployer quoi que ce soit, commencer par cartographier ce qui existe : WhatsApp officieux, affichages papier, e-mails internes. Toute nouvelle solution doit réduire le nombre de canaux, pas l’augmenter. La fatigue informationnelle est réelle — quand quatre canaux coexistent, chacun perd une partie de son efficacité.

Anticiper RGPD et dialogue social dès le cadrage. En France, l’ignorer en phase amont, c’est accepter des mois de retard au déploiement. Les représentants du personnel gagnent à être associés au projet dès le début comme contributeurs, pas comme obstacles à contourner.

Prioriser l'intégration native aux SI métiers. Une solution qui oblige à jongler entre trois applications n’aura jamais un taux d’adoption satisfaisant. L’intégration ERP, WMS, SI RH reste le premier critère différenciant d’une solution spécifique front-liners.

Construire un argumentaire ROI opérationnel. Les métriques d’engagement (DAU, taux d’ouverture) ne parlent pas aux directeurs d’usine ou d’exploitation. Ce qui parle : réduction des accidents, délai de montée en compétence des recrues, taux de remplissage des tournées, temps de diffusion des consignes de sécurité.
Si vous faites face à un enjeu terrain — numérique ou organisationnel — un échange de 30 minutes suffit souvent à cadrer les priorités et identifier les bons leviers.


Contact@ifingo.com


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