Première Partie

Résilience numérique : où en sont vraiment les entreprises françaises ?

Interrogez votre Direction : « Que se passerait-il si votre application métier principale ou l’une de vos solutions numériques devenait indisponible demain, ou si son éditeur vous en interdisait l’accès ? » Le silence qui s’ensuit est souvent éloquent. Entre les cyberattaques, les pannes majeures, le retrait brutal d’un fournisseur ou les tensions géopolitiques limitant l’accès à certaines technologies, les solutions numériques, bien qu’indispensables, sont aujourd’hui des infrastructures critiques et hautement vulnérables dont la continuité n’est plus garantie.

La résilience numérique est cette capacité à maintenir son activité, absorber un choc et s’en remettre. Elle s’impose désormais comme une priorité dans l’agenda des dirigeants. Pourtant, un fossé persiste entre la prise de conscience et la mise en action.

Ifingo vous propose d’y voir plus clair à travers deux billets dont voici premier volet : où en est-on vraiment ?

De quoi parle-t-on, au juste ?

La résilience numérique est souvent perçue comme une simple réponse aux incidents pourtant elle dépasse largement le cadre de la cybersécurité, Elle implique une maîtrise globale des dépendances tout au long de la chaîne de valeur : logiciels, données, infrastructures et, c’est un point trop souvent négligé, les compétences internes et la gouvernance. En somme, il s’agit donc d’avoir une approche à la fois technique et humaine.

Trois mots reviennent souvent, qu’il vaut la peine de distinguer. La résilience, c’est « encaisser et se relever ». L’autonomie numérique, c’est « pouvoir choisir et, si besoin, changer de solution sans être prisonnier d’un fournisseur » :  la fameuse réversibilité. La souveraineté, enfin, c’est la « maîtrise juridique et politique de ses données et de ses technologies ».

La souveraineté n’est pas un repli sur soi : « c’est un levier de résilience et de performance, qui sécurise votre développement tout en vous laissant ouverts sur le monde » (BPI France)

Mais pourquoi le sujet monte-t-il maintenant ?  En fait plusieurs tendances se sont télescopées depuis fin 2025 :

  • La concentration du marché : les infrastructures américaines dominent le cloud, autour de 71 % de part de marché en France selon les travaux d’IQO, et l’intelligence artificielle se déploie massivement sur ces mêmes socles, ce qui empile les dépendances presque à notre insu.
  • Le contexte géopolitique, qui rend soudain tangible le risque de voir un accès technologique conditionné du jour au lendemain.
  • La pression réglementaire, avec NIS2, DORA, l’AI Act et le Data Act qui relèvent la barre en matière de sécurité, de continuité et de maîtrise des dépendances.

Un tissu économique coupé en deux

L’enquête menée début 2026 par le MEDEF et le cabinet Wavestone auprès de plus de 500 dirigeants français brosse ainsi le portrait le plus récent. Son verdict : la prise de conscience est là, mais elle se traduit très inégalement en actes.

Le paysage est clairement polarisé, avec deux blocs de taille comparable. Et la ligne de fracture épouse la taille des organisations : plus de 70 % des grandes entreprises ont bougé, contre 45 % des TPE dont plus de la moitié n’ont rien entrepris. Le secteur compte aussi : le numérique (75 %), la banque-assurance et le retail (55 %) mènent la marche, quand le BTP et l’immobilier restent en retrait. Si vous vous reconnaissez dans le second groupe, vous êtes en bonne compagnie mais ce n’est pas une fatalité.

Des dépendances sur toute la chaine de valeur du système d’information

Interrogés sur leurs points faibles en cas de tensions avec les États-Unis, les dirigeants désignent toute la « colonne vertébrale » de leur SI. En tête : le cloud public (20 %) et l’intelligence artificielle (18 %), suivis des infrastructures (14 %), des logiciels métiers et des outils collaboratifs (13 % chacun), puis de la cybersécurité et de l’infogérance (10 %).  Aucune brique n’est épargnée ce qui explique pourquoi une approche purement « outil par outil » atteint vite ses limites.

La dimension qu’on sous-estime : l’usage et les hommes

C’est le point le plus souvent négligé. Diversifier un fournisseur, migrer vers une alternative européenne ou durcir un contrat, cela se décide en quelques réunions. Mais faire adopter le changement par les équipes, c’est une autre affaire.

Changer d’outil de collaboration, de messagerie ou de suite bureautique, c’est toujours toucher aux habitudes quotidiennes de tous les collaborateurs, à leurs repères, leurs processus, leurs usages et habitudes, leur confort de travail.

Les résultat de l’enquête MEDEF-Wavestone identifient du reste la résistance interne et l’inertie organisationnelle (12 %) et la crainte d’une perte de performance ou d’agilité (15 %) comme freins majeurs. Deux obstacles profondément humains, pas techniques. Une trajectoire de résilience qui ignore l’expérience des utilisateurs, la formation et l’accompagnement se heurte tôt ou tard à un mur : outils contournés, retours en arrière, désengagement. La technique ouvre la voie mais c’est la conduite du changement qui permet de développer cette véritable résilience.

Les autres freins, bien réels

Si les entreprises tardent, ce n’est pas nécessairement par aveuglement. Les obstacles sont structurels et largement partagés :

  • Le manque d’alternatives européennes matures et compétitives — premier frein cité (29 %).
  • Le coût de la transition, technique, organisationnel ou contractuel (24 %).
  • Le risque perçu de perte d’agilité avec les solutions alternatives (15 %).
  • La difficulté à identifier les actifs numériques vraiment sensibles (13 %).
  • La résistance interne et l’inertie organisationnelle (12 %).

Le vrai défi : passer de l’intention à l’action

Retenons l’essentiel : le problème n’est pas la prise de conscience (plus d’un dirigeant sur deux est convaincu) mais son passage à l’acte (une entreprise sur sept seulement a formalisé sa démarche). C’est précisément là que tout se joue : structurer, adapter à sa taille, embarquer les équipes et s’appuyer sur des repères communs. Comment mesurer objectivement sa dépendance numérique et par où commencer concrètement ? C’est l’objet du second volet de notre dossier, consacré à l’Indice de Résilience Numérique et aux leviers d’action.

Chez Ifingo, c’est le type de sujet sur lequel nous aimons avancer aux côtés de nos clients moins en apportant une réponse toute faite qu’en aidant chaque organisation à trouver la sienne, à son rythme.

Nos sources : enquête MEDEF × Wavestone « Résilience et autonomie numériques 2026 » ; Inria ; Bpifrance ; IQO.

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